Editis : les NAO laissent des salariés sur le carreau, dénoncent des syndicats

D’un propriétaire à l’autre, les problématiques demeurent ? Le syndicat Force Ouvrière d’Interforum, la filiale de diffusion-distribution du groupe Editis, prévoit en tout cas une action de débrayage, ce lundi 11 décembre, à partir de 14h30, devant le siège social d’Editis, au 92, avenue de France, dans le 13e arrondissement de Paris.

L’organisation syndicale dénonce des négociations annuelles obligatoires (NAO) qui laisseraient « les salariés d’Interforum très défavorisés », et juge les propositions de la direction insuffisantes. La CGT indique elle aussi que « le compte n’y est pas » et pourrait se joindre à l’action annoncée par Force Ouvrière.

Ce n’est qu’un NAO revoir

Les NAO, en cette fin d’année 2023, s’annonçaient particulières. D’abord, parce qu’il s’agit des premières menées avec le nouveau propriétaire du groupe Editis, International Media Invest (IMI), la filiale de Czech Media Invest (CMI), holding de la presse (et donc de l’édition) du milliardaire tchèque Daniel Křetínský.

Ensuite, parce qu’elles se déroulent dans un contexte un peu chahuté : les résultats du groupe seraient ainsi « historiquement bas », même si, au global, Editis sortirait bénéficiaire de cette année 2023 moribonde pour l’édition.

Le nouveau propriétaire tentait de déminer le terrain, en prévision des NAO : « Lorsque l’on évoque une entreprise qui a des résultats plutôt en recul, ce n’est généralement pas là où les augmentations sont les plus fortes », soufflait-on au sein du groupe, il y a quelques jours. Un mail interne, envoyé par la direction et qu’ActuaLitté a pu consulter, promettait toutefois une autre perspective.

Nous avons pris vis-à-vis de vous un engagement de transparence et d’information. Aussi allons-nous vous tenir au courant des négociations annuelles obligatoires (NAO), sans préjudice bien sûr de l’information que feront légitimement de leur côté vos représentants. Nous avons repris vendredi 1er décembre les discussions. De nouvelles réunions sont programmées pour la semaine prochaine et la suivante afin de poursuivre ces échanges avec les Organisations Syndicales, échanges dont nous souhaitons qu’ils soient loyaux et constructifs.

– Mail interne envoyé par la direction d’Editis

Le message exposait trois « principes » pour guider ces NAO : « responsabilité économique » vis-à-vis des comptes du groupe, « égalité des traitement entre toutes les sociétés du groupe » et « justice sociale » avec une priorité pour les salaires moins élevés.

Après quelques réunions, toutefois, l’ambiance semble se tendre entre les négociateurs autour de la table. Force Ouvrière dénonce ainsi la proposition de la direction, « 65 euros brut par mois pour tout le monde jusqu’à 50.000 euros brut annuel hors primes ».

Une analyse visiblement partagée par le syndicat CGT, qui assure que « le compte n’y est pas » et pourrait se joindre à l’action du 11 décembre. Nous avons contacté le syndicat pour des précisions, sans succès.

Rappelons que les NAO au sein du groupe Editis avaient déjà été tumultueuses il y a quelques mois, menaçant même la parution d’un livre de Marc Levy, La Symphonie des monstres

Interforum, mal considéré ?

Pour Force Ouvrière, « [l]a direction continue de creuser le fossé entre Interforum et les autres entités ». « Tous les salariés du groupe sont concernés par le même montant [de revalorisation] », constate Isabelle Ménil, déléguée syndicale FO Interforum, « quand certains, chez Interforum, sont encore proches du SMIC ». À ses yeux, « les salariés d’Interforum sont très dévalorisés, aussi bien concernant les catégories et les échelons que les salaires ».

Isabelle Ménil évoque, à ce titre, la situation des assistantes commerciales d’Interforum : « Force Ouvrière demande qu’elles passent cadres, comme les assistantes commerciales d’Editis. Sans elles, les directeurs commerciaux et les représentants ne sont rien, elles doivent être considérées comme leurs bras droits. J’ai rappelé à l’ordre la direction sur ce mépris affiché. »

Selon l’organisation syndicale, « les résultats d’Interforum sont une fois de plus bénéficiaires », quand d’autres entités du groupe Editis n’atteignent pas l’équilibre. FO vise en particulier Editis Éducation et Référence, la filiale qui fut dirigée pendant plus de vingt ans par Catherine Lucet, devenue directrice générale d’Editis le 15 novembre dernier, après un an pas vraiment loin du groupe, qu’elle avait quitté en octobre 2022.

« Cette filiale affiche toujours des pertes, et les salaires y sont pourtant élevés, avec des augmentations et des promotions, dans l’attente d’une réforme », indique-t-on du côté du syndicat, où l’on ne cache pas une « inquiétude » depuis la nomination de Catherine Lucet. « L’annonce de l’action syndicale n’a provoqué aucune réaction de la direction, quand Pierre Conte et Michèle Benbunan [anciens directeurs généraux d’Editis, NdR] avaient à cœur de relancer les débats. »

Contacté, le groupe Editis ne commente ni les NAO en cours, ni les résultats de chacune des entités. Une source proche du dossier se dit « surprise » de la réaction des syndicats dans un contexte de négociation, et évoque un « processus normal, fait de propositions et de contre-propositions ».

Une nouvelle réunion est prévue ce 11 décembre, mais Force Ouvrière entend maintenir la mobilisation, « même si on nous annonce quelque chose ». Nous avons également contacté le syndicat CFDT, et sommes en attente d’une réponse.

Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0

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